Justand Mots

Espace d’écriture poétique, lieu virtuel de création et site de présentation  celinejustand.com.           

Ce sont des travaux sur les mots, les sons, les formes, les images, l’esthétique et les thématiques, lieu créé en 2016 publiant quelques axes de recherches.

Extraits

DEMAIN

Demain, et après …

Pourquoi ne pas applaudir de plus près ?

A demain ! Sur deux pieds !

Avec notre morceau de piano bien accordé,

Notre duo à quatre mains

Fera l’ouverture demain,

Et après- demain,

Quand tu auras pris ma main.

Ça reste du par cœur pour nos dix doigts,

Sans impro,

Et de nos deux mains,

Lier un seul nom, pour deux cœurs.

Après-demain,

Ta main et ma main,

Pour deux paires de mains

Et dix doigts fois deux.

Ça fait huit doigts ?

Non.

Ça fait vingt doigts,

Qui joueront à vingt heures,

Samedi en huit.

C’est une sacrée paire de manches

Pour relever le défi,

Un beau morceau de main de maître.

Plus que deux mètres,

Mais demain,

La scène fera plusieurs dizaines de mètres,

Elle peut se compter en pieds,

Mais pas en mains.

Elle se mesure à l’aide d’un chef d’orchestre,

Un joailler d’harmonie mesurée,

Taillant avec deux mains et une baguette,

En un temps sans désaccord,

Une musique de grand maître qui prend son temps.

Hier, ou bien avant encore,

Il y avait déjà un demain,

Et un après-demain,

Qui se composent à quatre mains,

Ou bien plus,

Qui se précèdent,

Puis se laissent parcourir avec deux pieds,

Et une croche,

Qui double dès qu’on l’approche.

Si demain double sa croche,

Le morceau continue sa musique, son tempo,

Demain passe à après-demain,

Pour se souvenir l’instant où

Tu as décidé de prendre ma main,

Pour vivre à deux nos lendemains.

 

Texte : Céline Justand (2015)

 

 

AU DELA DU VALLON SOURIRE

Derrière cette colline chromée,

Est nommé le vallon Sourire,

Épelé par un doux souvenir,

De brute mémoire sous l’épine,

Plus rien ne saigne, mon ami.

 

Dernier pas sur cette fonte colline,

Lieu éloigné proche des liens effilés,

Une vue hypnotisante attire. Sans sourciller.

Passer de l’autre côté du vallon Sourire,

La lumière dominante en contraste illumine.

 

Devant l’insolent accueil du vallon Sourire,

Rien de mystérieux en soi n’est soupir.

Simple jeu de sons sans ironie, sans style,

Pas assez de prétention, juste un silence

Clin d’œil proche de l’impertinence.

 

Dépassant le défi par un court d’eau sans fin,

Comme si bonsoir précédait un poli au revoir.

À bien lire, mon ami, il n’y ait de tiroir

Enfermant la vérité absolue à cheval,

Mieux regarder ailleurs, sans point final.

 

Se rejoindre alors, au delà de ces vallées,

Mains serrées, sans attaques tribales,

Rendez-vous au croisement des paroles ailées.

Code d’accès : sans zèle- conviviales.

Voir nos horizons. Sourire sans amonts.

 

Texte : Céline Justand (2017)

 

ETATS DES LIEUX

La table basse, les chaises de la cuisine, un petit meuble de salle de bain. Tout part. Plus de meuble.
Fenêtre grande ouverte, je regarde le camion plein s’en aller, s’en aller, s’en aller. Regard sur le grand platane, la brise traverse les feuilles. Silence. Rafale de vent. Forté, forté, forté. Tout décrocher. Demain matin, concours d’entrée au Conservatoire, première année.
Ré, mi, ré, la, sol. Ré, la, fa, sol, si, ré.
Tic, tac, tic.
L’horloge de la cuisine. Tic, tac, tic. Tempo.
Ne pas oublier. Décrocher. Tempo.
Les pièces vides sont plus grandes, même remplies par les souvenirs de mes douze années en famille. Douze ans depuis deux jours. Grand jour demain. Six années de piano. Poussière et silence à la place du piano enlevé. Traces de roulettes dans le bois du parquet.
Morceau de mélancolie. Tout raisonne. Se concentrer.
Fermer la fenêtre.
La poignée cassée tombe sur le parquet.
Son aigu, sol bémol qui résonne, résonne, résonne. Arpège.
Do, sol, do, ré, mi, fa, sol, sol dièse, la, si, do, si, do, sol, do, ré, mi. Ne pas oublier le forté pour le deuxième mouvement.
Ce lieu m’attache.
Mes souvenirs me font jouer faux dans ma mélodie intérieure. Ma cachette derrière la tapisserie, j’avais oublié. Stop.
Rester concentré, ma mélancolie jouera le morceau demain matin. C’est pas le moment.
C’est le moment, sonnerie de la porte d’entrée.
Un Mi. Un La.
Une autre clé posée. D’autres clés posées encore.
Clé de fa, double croche, et triolet. Accords.
Nous descendons les escaliers. Silence.
Chaque pas. Silence.
Chaque palier. Silence.
Si, sol, do, un pas. Fa, mi, do, ré. Silence.
Accords. Fermeture de la porte.
Pianissimo. Pianissimo. Pianissimo.

 

Texte : Céline Justand (2016)

 

CHEMIN

Si mon écriture arrivait à écrire, elle dirait les sons, la musique, la vibration humaine. Chaque humain dans sa vibration. Quelle humanité et avec quelle musique. Une partition avec les mots, les images, les oreilles, et des sensations qui raisonneraient. Mon écriture arriverait à être mon écriture. Mon œil qui voit votre œil, et ils se répondraient. Une encre plongée dans cette sincérité de fond. Avec une forme, un fond, puis une forme encore qui jouerait tout au fond.
Quand mon écriture saura écrire, j’écrirai sur le monde. Victor Hugo ou Camus sont loin, ce ne sera que mon écriture. Mais elle apprendra à écrire grâce au monde étranger. Puis la contemplation.
Voir le monde. Ecrire l’intolérance. Celle du monde, la mienne, la vôtre. Puis la tolérance, la vôtre, la mienne, celle du monde encore. Ecrire encore. Et encore apprendre. Donner le goût d’écrire à ceux qui ont une voix pour dire. Pas de cri mais un seul mot : écrire. Pour l’autre. Avec l’autre. D’autres. Faire écrire.
Quand mon écriture écrira, elle tracera de l’écrire dans l’écriture. 

Texte : Céline Justand (2016)

 

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